Tendre (adjectif, verbe)


1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Adjectif 

Qui peut être aisément entamé; il est opposé à Dur. "Du bois extrêmement . Le sapin, le saule et le peuplier sont des bois s. Bâtir avec des pierres s. Parmi les pierres précieuses, il y en a de s et de dures. L'améthyste et l'émeraude sont des pierres s. Le plomb et l'étain sont les plus s des métaux."
Il se dit particulièrement des Aliments qui n'offrent pas de résistance quand on les coupe, quand on les mâche. "Une viande extrêmement . On ne peut rien manger de plus . La viande fraîche tuée n'est pas . Cette viande est au couteau, est sous le couteau, est sous la dent. Ces haricots verts sont très s."
Fam., "Cette viande est comme rosée," Elle est extrêmement .
TENDRE se dit également du Pain nouvellement cuit. "Manger du pain ."
Il signifie encore Qui est sensible, délicat, qui est aisément pénétré par les impressions extérieures. "Avoir la peau . Les jeunes arbres ont l'écorce ."
"Ce cheval a la bouche ," Il a la bouche particulièrement sensible.
"Avoir la vue , les yeux s," Avoir la vue délicate et faible.
Fig., "Dès ses plus s années, dès sa plus enfance, dès son âge le plus ," Dès sa petite enfance, dès sa première jeunesse.
TENDRE signifie, au figuré, Qui a de la sse, qui est sensible à l'amitié, à la compassion, et plus particulièrement à l'amour. "Un ami . Un père . Une mère. Un amant. Avoir l'âme , le coeur . Il est . Il est d'un naturel tendre. Il a une imagination vive et ."
Il se dit de même des Choses où se marque de l'amitié, de la compassion, où se manifeste de l'amour. "Il a pour vous une amitié , une affection, un attachement. Vous m'avez inspiré les plus s sentiments, le plus intérêt. Des propos s. Regarder" "d'un air . Il m'a fait de s adieux. Un aveu."
"Avoir le son de la voix , un son de voix ," Avoir le son de la voix touchant et gracieux.
En termes de Musique, "Un air ," Un air touchant et passionné.
"Couleur ," Couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue.
TENDRE s'emploie aussi comme nom masculin et désigne la Partie d'une chose. "Le d'une pierre."
Il signifie aussi Tendresse, amour. "Il a du , il a un pour cette femme." On a dit allégoriquement : "Le pays de Tendre. La carte du Tendre."



2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je tends, tu tends, il tend; nous tendons, vous tendez, ils tendent. Je tendais. Je tendis. Je tendrai. Je tendrais. Tends. Que je tende. Que je tendisse. Tendant. Tendu.") Tirer de manière à rendre raide, bander quelque chose, comme une corde, un arc, etc. "Tendre une corde. Tendre un arc. Tendre les chaînes qui ferment l'entrée d'un port. Tendre un panneau. Tendre des filets aux oiseaux."
"Tendre un piège," Le placer et le disposer de manière que l'animal puisse s'y prendre. Cela se dit en parlant de Toutes sortes de pièges, même de ceux qui ne fonctionnent pas par la tension ou la détente d'un ressort. "Tendre une souricière. Tendre des gluaux."
Fig., "Tendre un piège, un panneau à quelqu'un," Chercher à le surprendre, l'induire à commettre quelque faute, à faire quelque fausse démarche, etc., dont on espère profiter.
"Tendre des inondations," Répandre dans une plaine les eaux de canaux ordinairement maintenues par des écluses.
"Tendre un pavillon, une tente," Les dresser et les mettre en état de servir. On dit dans un sens à peu près analogue : "Tendre un lit, une tapisserie."
"Tendre une chambre, une salle, etc.," La tapisser, la parer de tapisserie. "Tendre un appartement de damas, de velours. L'église était toute tendue de noir."
TENDRE s'emploie absolument dans le sens de Tapisser, orner de tapisserie. "La coutume est ce jour-là de dans toutes les rues, de partout," L'usage est de tapisser le devant de toutes les maisons.
Il signifie aussi Avancer, porter en avant pour présenter. "Tendre la main en signe d'amitié. Tendre son chapeau pour recevoir quelque chose. Tendre le dos aux coups. Tendre les épaules. Tendre la joue. Il tendit le cou au bourreau. Tendre les mains au ciel, vers le ciel. Il était près de se noyer, on lui tendit une corde, une perche."
Fig., "Tendre les bras, la main à quelqu'un," L'aider, lui offrir ses secours, son appui; s'il a des torts, être prêt à les lui pardonner. "Il lui a tendu les bras dans sa disgrâce. Ce jeune homme a fait de grandes fautes; mais son père l'invite au repentir et lui tend les bras."
Fig., "Tendre les bras, les mains à quelqu'un, vers quelqu'un" signifie encore Implorer son secours.
"Tendre la main," Demander l'aumône.
Fig., et fam., "Tendre la perche," Fournir à quelqu'un l'occasion d'exprimer un souhait, de donner une explication, de se justifier, etc. "Il n'aurait pu se tirer d'affaire si vous ne lui aviez tendu la perche."
TENDRE s'emploie aussi comme verbe intransitif et signifie Aller à un certain terme, aboutir. "Où tend ce chemin-là?"
Il s'emploie plus ordinairement au figuré. "Où tendent tous ces tours et détours, tous ces propos? Tendre à ses fins. Tout cela ne tend à rien. Tendre à la perfection. Ses conclusions tendaient à..."
Fig., "C'est un homme qui tend à ses fins," Il va constamment, avec adresse, vers le but qu'il s'est proposé.
Le TENDU s'emploie adjectivement. "Avoir l'esprit tendu, toujours tendu," Avoir l'esprit fortement appliqué à quelque chose. "Il a eu l'esprit si tendu tout le jour qu'il a besoin de prendre quelque repos."
"Style tendu," Style qui laisse voir l'effort, qui manque d'aisance, de souplesse.
"Situation tendue," Situation critique qui peut amener un conflit, une rupture.



1ère définition d'Emile Littré

Adjectif 



 1   Qui peut être facilement coupé, divisé. Du bois . Une pierre . Le plomb et l'étain sont des métaux s.
BUFF.: « Une certaine plante [d'Irlande] dont la tige est , et presque aussi douce, dit-on, que celle de la canne à sucre »

 2   Viande , viande qui se divise facilement avec les dents.
VOLT.: « On me demanda si j'étais pour le mouton noir ou pour le mouton blanc ; je répondis que cela m'était fort indifférent, pourvu qu'il fût »
BUFF.: « On le chasse [le faisan] à l'oiseau de proie ; et l'on prétend que ceux qui sont pris de cette manière sont plus s, et de meilleur goût »
    Familièrement. Cette viande est comme rosée, elle est très .
    Tendre se dit aussi des légumes et des herbes.

 3   Pain , pain nouvellement cuit, et qui cède sous la pression des doigts.
SCARR.: « Rincy ne s'en émut point ; il protesta que personne ne mangerait qu'il n'eût du pain »

 4   Qui ressent fortement ce qui agit physiquement. Des membres s et délicats.
BOSSUET: « Osera-t-elle [l'âme] toucher à ce corps si , si chéri, si ménagé ? »
RAC.: « Que du Seigneur la voix se fasse entendre, Et qu'à nos coeurs son oracle divin Soit ce qu'à l'herbe Est, au printemps, la fraîcheur du matin »
MONTESQ.: « Je suis comme un enfant dont les organes encore s sont vivement frappés par les moindres objets »
BUFF.: « N'est-ce point offenser, appauvrir la nature, que de détruire ainsi ses s germes dans les espèces que nous ne pouvons d'ailleurs multiplier ? »
LETOURNEUR: « Marcher avec des pieds trop s sur des épines »
    Ce cheval est à l'éperon, il y est très sensible.
    Il a la bouche , il a la bouche délicate.
    Il est aux mouches, il est extrêmement sensible aux piqûres des mouches.
    Fig. et familièrement. Il est aux mouches, il ne peut supporter les moindres incommodités, et aussi il s'offense des moindres choses.
SÉV.: « En vérité, la vie est triste quand on est aussi aux mouches que je la [le] suis »
    On dit dans le même sens au propre et au figuré : il a la peau .
    Avoir la vue , les yeux s, avoir la vue délicate, faible.

 5   L'âge , la jeunesse, l'enfance, la première jeunesse.
RAC.: « Nous nous aimions tous deux dès la plus enfance »
RAC.: « Qu'as-tu fait de mon fils ? Je te l'ai confié dès l'âge le plus »
FÉN.: « Hippias, d'un âge plus avancé, semblait devoir accabler Télémaque, dont la jeunesse était moins nerveuse »
    Dès ses plus s années, dès son enfance.
ROLLIN: « La passion dominante de Thémistocle était l'ambition et l'amour de la gloire, qui parut en lui dès ses plus s années »

 6   Fig. Qui ressent vivement ce qui agit moralement.
VOIT.: « Je crois, monsieur, que vous n'avez pas l'imagination si qu'il vous faille consoler de cela »
TH. CORN.: « Comme en cette matière il a le cerveau »
RAC.: « Je connais votre coeur ; vous devez vous attendre, Que je vais le frapper par l'endroit le plus »
    Avoir la conscience , être délicat sur les choses qui intéressent l'honneur.
BOUHOURS: « Sa pureté [de la langue française] va jusqu'au scrupule, comme celle des personnes qui ont la conscience , et auxquelles l'ombre même du mal fait horreur »

 7   Qui touche à des intérêts délicats.
MONTESQ.: « Ce qui rendait la querelle sur les images si vive, et fit que, dans la suite, les gens sensés ne pouvaient pas proposer un culte modéré, c'est qu'elle était liée à des choses bien s : il était question de la puissance.... »

 8   Fig. Disposé aux sentiments affectueux, et, plus particulièrement, au sentiment de l'amour. Un père . Un amant.
VOIT.: « De bonne fortune pour nous, elle est plus pour ses amis [que pour ses amants] »
SÉV.: « Quand je pense que la vie, et principalement la mienne, se passe dans l'éloignement et dans l'inquiétude, je plains ceux qui sont aussi s que moi »
MAINTENON: « Les hommes sont pour l'ordinaire moins s que les femmes »
RAC.: « Ô Dieux ! à quels tourments mon coeur s'est vu soumis, Voyant des deux côtés ses plus s amis ! »
FÉN.: « Vous qui êtes jusqu'à n'oser parler à Idoménée [de votre départ de peur de l'affliger], vous ne serez plus touché de ses peines dès que vous serez sorti de Salente »
VOLT.: « Vous connaissez son coeur, il est aussi pour ses amis que terrible pour ses ennemis »
    Tendre à, avec un infinitif.
BOSSUET: « Ils [les premiers chrétiens] sont fermes dans les périls, mais ils sont s à aimer leurs frères »
    Familièrement. N'être pas , être sévère, rigoureux.
COMTE DE CAYLUS: « Quand une fois je m'y mets, je ne suis pas »

 9   Qui a le caractère de l'affection.
BOSSUET: « Croyons donc avec saint Jean en l'amour d'un Dieu ; la foi nous paraîtra douce en la prenant par un endroit si »
FLÉCH.: « Dieu ne demande pas aux personnes de son sexe une sublime raison, ni une science fastueuse, mais une dévotion »
FLÉCH.: « Rappelez en votre mémoire avec quelle et sensible joie il recueillit ce qu'il avait semé dans l'âme de ce jeune vainqueur [le fils de Louis XIV] »
RAC.: « Oh dieux ! tant de respects, une amitié si , Que de raisons pour moi, si vous pouviez m'en ! »
RAC.: « Nous sommes seuls encor ; hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si »
VOLT.: « Toujours de vos bontés je vais m'entretenir, Chérir de vos vertus le souvenir »
    Il se dit particulièrement de l'amour. Un aveu.
MOL.: « .... J'en vois qui sont faites à pouvoir inspirer de s sentiments »
VOLT.: « Zaïre est la première pièce de théâtre dans laquelle j'aie osé m'abandonner à toute la sensibilité de mon coeur ; c'est la seule tragédie que j'aie faite »
VOLT.: « Que j'aime à triompher de ce embarras ! »
VOLT.: « De cet espoir trop elle était occupée »

 10   Attendrissant.
CORN.: « Qui ne serait touché d'un si spectacle ? »

 11   Qui se laisse facilement aller à.... en bonne et en mauvaise part.
MOL.: « Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette, Friande de l'intrigue, et à la fleurette »
MOL.: « Vous êtes donc bien à la tentation »
SÉV.: « Moi qui suis aux larmes »
MASS.: « Un coeur même pour le bien »
MARIV.: « J'ai un peu fait le nigaud avec le prince, parce que je suis à la peine d'autrui ; mais le prince est aussi, et il ne dira mot »

 12   Touchant, gracieux. Le chant des oiseaux.
BOILEAU: « Que leurs s écrits [de Théocrite et de Virgile] par les Grâces dictés.... »
RAC.: « De cette fleur si et si tôt moissonnée »
RAC.: « Jeunes et s fleurs par le sort agitées »
FÉN.: « Il commençait à n'avoir plus ces grâces si s qui sont comme la fleur de la première jeunesse ; son teint devenait plus brun et moins délicat, ses membres moins mous et plus nerveux »
VOLT.: « Ma fille, objet de mes dernières peines »
A. CHÉN.: « Les Grâces, dont les soins ont élevé Racine, Aiment à répéter ses écrits enchanteurs, Tendres comme leurs yeux, doux comme leurs faveurs »
    Avoir le son de la voix , un son de voix , avoir le son de la voix touchant et gracieux.
A. CHÉN.: « Enfants, car votre voix est enfantine et »
LAMART.: « Il me semble déjà dans mon oreille en De sa touchante voix l'accent touchant et »
    En musique, un air , un air touchant, respirant l'amour.
MOL.: « Que chanteront-ils ?.... je veux quelque chose de et de passionné »

 13   En peinture, touches s, coups de pinceau extrêmement délicats.
    Pinceau , pinceau délicat.
    Cette acception a vieilli.

 14   Couleur , couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue.
BUFF.: « Le pic que M. Brisson a décrit sous le nom de pic blanc a le plumage du corps d'un jaune »
    On le dit, dans le même sens, de la lumière.
DIDER.: « La lumière de la lune adoucit encore la blancheur de leur peau »
MARMONTEL: « Les rideaux des fenêtres n'étaient qu'entr'ouverts ; un jour se glissait dans l'appartement à travers des ondes de pourpre »
GRAFFIGNY: « Tu parus au milieu de nous comme un soleil levant, dont la lumière prépare la sérénité d'un beau jour »

 15   S. m. Le d'une pierre, dit aussi la moye, la couche qui se trouve dans la pierre.

 16   Fig. Ce qu'il y a d'affectueux, de sensible.
MOL.: « C'est me faire une plaie au plus de l'âme »

 17   Penchant.
MOL.: « J'ai un furieux pour les hommes d'épée »
    Familièrement. Tendresse d'amour.
VOLT.: « Elle m'a fait en Tant seulement, qu'elle a pour nous du »
VOLT.: « La fille [Ophelia] de cet officier de la couronne, qui avait du pour Hamlet, devient réellement folle »
    En termes des romans amoureux du XVIIe siècle, le pays de Tendre, nom allégorique d'un royaume imaginaire, représentant les diverses circonstances d'une intrigue amoureuse.
BOILEAU: « Puis bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre »
VOLT.: « N'avez-vous jamais vu la carte du Tendre dans Clélie ? je suis pour eux à Tendre sur Enthousiasme »

 18   Le de tranche, voy. TENDE.

PROVERBES
    Dieu vous assiste, notre pain est , nos couteaux sont rouillés, nous ne pouvons rien vous donner.
    Jeune femme, pain , bois vert, mettent la maison au désert.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XXII: Karles respunt : trop avez coer
    XIIème siècle
     Couci, v: Jamais mes ieuz [je] ne verrai aseuvis De regarder sa bele face
    XIIIème siècle
     Berte, XLII: Selonc ce qu'ele ert [était] et jeune creature
    XIVème siècle
DU CANGE: « Icelle femme estoit [délicate] à son enfantement, car elle avoit eu plusieurs de ses enfans morts-nez »
    XVème siècle
FROISS.: « Messire Jean Loustree, qui estoit plus [tranchait plus au vif] en ses paroles que nul des autres »
E. DESCH.: « L e froid païs de Flandre, Dont le peuple est mouvant, rebelle et [changeant] »
     Perceforest, t. IV, f° 113: Adonc parla le mary et dist : Canifre, je vous ay à femme prinse pour le bien que j'ay trouvé en vous ; mais je vous voy trop [légère] ; si allez où bon vous semble ; car de vous n'ay que faire
CH. D'ORL.: « Le cueur est seul, desarmé, nu et , Et les yeulx sont bien armez de plaisirs »
     Bouciq. I, 9: Le jouvencel Bouciquaut ne ressembla mie ceulx lesquels, après le grand travail, fuyent tant qu'ils peuvent au repos et aise, si comme font les nouveaux et s
    XVIème siècle
MAROT: « ... Ou trompe moy en me faisant en Qu'elle a le cueur bien ferme, et, fust-il »
MAROT: « Ains, Seigneur, viens es Sur moi ta pitié »
MONT.: « Dez sa enfance »
MONT.: « Mon ame ahanne en compagnie d'un corps si , si sensible »
M. DU BELL.: « Ne croyez point si par inadvertance il m'eschappe quelque mot qui puisse desplaire ausdits seigneurs, si d'aventure ils estoient s des oreilles »
AMYOT: « Marius avoit en ce quartier là une fort belle maison, où il y avoit des moyens de delices plus s et plus effeminées, qu'il ne sembloit estre convenable à un homme qui.... »
AMYOT: « Tendre à pitié, jusques à pleurer facilement »
AMYOT: « Ces coups de flesches perçoient tout ce qu'ilz rencontroient, autant le dur que le »
AMYOT: « Tendre affection »
LEROUX DE LINCY: « Trop fait briser ou fendre »
CHARRON: « C'est mollesse poltronne et delicatesse indigne d'un honneste homme qui nous rend incommodes et desagreables en conversation, et s au mal, au cas qu'il faille changer de maniere de faire »

ÉTYMOLOGIE
    Picard, tère ; wallon, teinr ou têr ; bourg. tarre ; provenç. tenre, ; espagn. tierno ; portug. tenro ; ital. tenero ; du lat. tenerum, qui tient sans doute au radical tan, lat. tendere, grec : qui se laisse étendre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 1. TENDRE. - HIST.
    XVIème siècle Trop fait briser, doit être porté au verbe .


2ème définition d'Emile Littré




 1   Tirer et bander quelque chose. Tendre les chaînes qui ferment un port. Tendre des toiles pour le sanglier. Tendre des filets. Tendre un ressort.
VOIT.: « De sorte qu'ils [des gens qui bernaient] demeurèrent longtemps en bas tendant la couverture, et regardant en haut, sans se pouvoir imaginer ce que j'étais devenu »
VOLT.: « Un ancien oracle avait ordonné que Formosante ne pourrait appartenir qu'à celui qui tendrait l'arc de Nemrod »
RAYNAL: « Semblable à l'insecte insidieux qui fabrique ses filets dans l'obscurité, la politique tendit sa toile au milieu de l'Europe, et l'attacha en quelque manière à toutes les cours »
DELILLE: « Dans les cieux, à ma voix, la nuit tendra ses voiles »
    Absolument. Tendre aux bécasses, aux oiseaux, les filets pour les prendre.
RÉGNIER: « À la Saint-Jean je tends aux grues »
    Tendre le jarret, rendre la jambe aussi droite que possible sur la cuisse.
DÉSAUGIERS: « Comme en dansant le menuet, Vous tendîtes le jarret ! »
    Fig.
J. J. ROUSS.: « Je tendis tous les ressorts de mon esprit pour chercher comment on pouvait guérir d'un polype au coeur, résolu d'entreprendre cette merveilleuse cure »
    Fig. Donner trop de tension, mettre les choses au point qu'elles semblent prêtes à se rompre.
MONTESQ.: « Ce rapport des lois avec ce principe tend tous les ressorts du gouvernement »
    On dit dans un sens analogue : Cela tendit la situation.

 2   Tendre une tente, l'établir, la dresser. Il fit son pavillon.
    On dit dans un sens analogue : un lit.
J. J. ROUSS.: « Hé bien donc, dit Julie, qu'on lui tende un petit lit dans ma chambre »

 3   Tendre un piége, le disposer pour qu'un animal puisse s'y prendre.
SACI: « Ils ont voulu me faire périr dans le piége qu'ils m'ont tendu en secret »
    Il se dit de toute espèce de piéges, même de ceux dont on ne tend aucune partie. Tendre une souricière. Tendre des gluaux.
    Fig. Tendre un piége, un panneau à quelqu'un, chercher à abuser, à tromper quelqu'un.
BOURDAL.: « Tendre à l'innocence les piéges les plus inévitables du péché »
VOLT.: « Un traître y tend pour vous un piége inévitable »
    On dit aussi : des embûches.
DIDER.: « Mercure tendit des embûches à Prométhée, le surprit, et le jeta dans le fond d'un cachot »

 4   Tapisser. Tendre une pièce, un appartement. L'église était tendue de noir.
VOLT.: « Enfin le pauvre homme eut beau faire, il fut convaincu d'être mort, on tendit sa porte de noir, et on vint pour l'enterrer »
    Absolument. Ce jour-là on tend dans toutes les rues.

 5   Présenter en avançant. Tendre les mains aux chaînes. Tendre son chapeau pour recevoir quelque chose. Tendre la joue. Tendre les mains au ciel, vers le ciel.
ROTROU: « Laisse à de lâches coeurs verser d'indignes larmes, Tendre aux tyrans les mains et mettre bas les armes ; Toi, tends la gorge au fer, vois-en couler ton sang, Et meurs sans t'ébranler, debout et dans ton rang »
RAC.: « Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente »
ROLLIN: « À peu de distance suivaient ses enfants [de Persée mené en triomphe à Rome] avec leurs gouverneurs, leurs précepteurs et tous les officiers de leur maison, qui, fondant tous en larmes, tendaient leurs mains au peuple »
DIDER.: « Il tend en souriant un morceau de son pain à une vache blanche qui s'avance vers lui »
DELILLE: « L'un tend ses petits bras au papillon qui vole »
A. CHÉN.: « Mais il [un aveugle] entend leurs pas, prête l'oreille, espère, Se trouble, et tend déjà les mains à la prière »
    Fig.
MARMONTEL: « En réclamant son titre de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, il [Voltaire] tendait lui-même le bout de la chaîne avec lequel on l'aurait attaché si on avait voulu »
    Tendre la main, avancer la main en signe d'amitié.
CORN.: « Septime se présente, et, lui tendant la main, Le salue empereur en langage romain »
    Tendre la main, demander l'aumône.
MARMONTEL: « Est-ce à un homme qui a servi vingt ans sa patrie, qui s'est retiré couvert de blessures, et qui depuis n'a cessé de travailler sans relâche, est-ce à lui de la main ? »
A. CHÉN.: « J'ai moi-même été pauvre et j'ai tendu la main »
    On le dit, par extension, de celui qui mendie des places, des grâces.
VOLT.: « Cette façon de demander harmonieusement l'aumône, commence, si je ne me trompe, à Pindare ; on ne peut la main plus emphatiquement »
    Fig. Tendre la main, se reconnaître vaincu, demander la paix.
DU RYER: « Et dans ce triste état il faut que les Romains Ou nous tendent la gorge ou nous tendent les mains »
    Fig. Tendre la main à quelqu'un, lui offrir du secours, le secourir.
RAC.: « Elle courut lui une main favorable »
MASS.: « Si tout dresse des piéges à la jeunesse des rois, tout leur tend les mains aussi pour leur aider à les éviter »
VOLT.: « Ma famille me persécute ; on ne me tend la main dans mon désastre que pour me déshonorer »
DIDER.: « Maître des nations, tendez la main à Cérès [favorisez l'agriculture], relevez ses autels »
DIDER.: « C'est en France, dans le pays de la politesse, des sciences, des arts, du bon goût, de la philosophie, qu'on nous persécute [nous encyclopédistes] ! et c'est du fond des contrées barbares et glacées du Nord qu'on nous tend la main »
    Fig. Tendre la main, faire signe de venir i nous.
BOSSUET: « Saint Paul tend les mains aux gentils »
    Tendre les bras, les ouvrir pour recevoir quelqu'un.
RAC.: « Mon fils n'est plus ? hé quoi ! quand je lui tends les bras, Les dieux impatients ont hâté son trépas ? »
    Fig.
CORN.: « Si nous voulons servir, Sylla nous tend les bras »
BOSSUET: « Un tel homme, dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable ; au contraire il lui tend les bras »
ROLLIN: « Voilà, lui dit-il, la Sicile qui nous tend les bras, et vous savez de quelle importance est cette île »
    Dans un sens tout différent, les bras à ou vers..., implorer du secours.
MONTESQ.: « Le pape, à qui il [Charles Martel] était nécessaire, lui tendait les bras »

 6   Avancer trop, en parlant de certaines parties du corps. Cette personne tend le cou, tend le ventre.
REGNARD: « Faut-il toujours le dos, quand vous marchez ? Présentez mieux la gorge et baissez cette épaule »
    Terme de manége. Tendre le nez, porter le nez au vent, en parlant du cheval.

 7   Terme d'escrime. Se dit absolument pour allonger le bras raide, au lieu de parer les coups, afin de blesser son adversaire, au risque d'être blessé soi-même.

 8   V. n. Aller vers (ce sens neutre dérive du latin qui a dit tendere gressum, et, absolument, tendere, diriger ses pas).
DESC.: « Il [l'arc-en-ciel] ne procède que de la façon que les rayons de la lumière agissent contre ces gouttes [d'eau], et de là tendent vers nos yeux »
MOL.: « Où tend Mascarille à cette heure ? »
FÉN.: « C'étaient de toutes parts des bruits confus de gens.... qui couraient sans savoir où tendaient leurs pas »
VOLT.: « L'homme est né pour l'action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas »
MALFIL.: « Où tend ce tourbillon rapide, Et quel conducteur intrépide Vole sur un char lumineux ? »
BAILLY: « Je vois bien que vous tendez vers le nord, que vous allez m'y conduire sans que je m'en aperçoive »
    Fig. C'est un homme qui tend à ses fins, il va constamment, avec adresse, vers le but qu'il s'est proposé.
    Aboutir. Où tend ce chemin-là ?
    Cette maladie tend à la mort, elle est mortelle.
    Le malade tend à sa fin, il est bien près de sa fin.

 9   Terme de mécanique. Avoir une tendance vers.
FONT.: « M. Huyghens avait prouvé que, selon Descartes, les corps pesants auraient dû , non au centre de la terre comme ils y tendent toujours, mais à différents points de l'axe de la terre »
    Fig.
J. J. ROUSS.: « C'est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité, que la force de la législation doit toujours à la maintenir »

 10   Fig. Avoir un but, un terme.
ROTROU: « À quelque heureuse fin que tendent ses projets, Jamais il [un roi] ne fait rien au gré de ses sujets »
LA FONT.: « L'autre vit où tendait cette feinte aventure ; If rendit le fer au marchand, Qui lui rendit sa géniture »
MOL.: « Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs, Et que rien ici-bas n'arrête vos désirs »
BOSSUET: « La fausse gloire ne le tentait pas, tout tendait au vrai et au grand »
BOSSUET: « Les livres sacrés des Romains.... ont péri par les mains des Romains mêmes, et le sénat les fit brûler comme tendant à renverser la religion »
BOSSUET: « Je ne sais quelle disposition inquiète et vague au plaisir des sens, qui ne tend à rien et qui tend à tout »
MAINTENON: « Nous passons notre vie à au bien et à faire le mal »
RAC.: « Le trône où vous tendez »
RAC.: « Où tendait ce discours qui m'a glacé d'effroi ? »
ROLLIN: « Le métier et l'exercice des Lacédémoniens était la guerre ; tout tendait là chez eux »
ROLLIN: « Peu occupé des grâces légères du discours, et quelquefois même négligeant les règles gênantes de la pureté du langage, il [Bossuet] tend au grand, au sublime, au pathétique »
VOLT.: « Tout animal est toujours entraîné par un instinct invincible à tout ce qui peut à sa conservation »
VOLT.: « Tout ce qui peut à établir la tolérance chez les hommes, doit être protégé bien fortement par vous »
MARMONTEL: « Le talent d'un esprit fin, c'est de persuader qu'il ne tend pas à l'être ; et cet artifice est au comble, quand la finesse a l'air de la naïveté »

 11   Se , v. réfl. Être tendu. Ce papier se tend mal. La peau s'est tendue.
DELILLE: « Ici, du haut des monts une colonne d'eau Se précipite en masse, ou se tend en rideau »

PROVERBE Il vaut mieux la main que le cou (MONTLUC, la Comédie des proverbes, III, 6), il vaut mieux demander l'aumône que voler et se mettre en danger d'être pendu.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. IX: Li empereres tent ses mains envers Deu
     ib. LX: Dunez li l'arc que vos avez tendut
    XIIème siècle
     Couci, XVII: Lors me souvient d'une douce dolour Et du douz lieu où mes cuers [mon coeur] tent et bée
     Th. le mart. 57: E li sainz comença mot à mot à prover Où li reis par ces leis voleit e aler
BENOÎT: « Tu qui es si crual e fier, Orrible et faus e miserin, Tens si chascon jor à tafin »
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Et s'escrierent tuit à une vois et tendant leurs mains en haut »
     Berte, LI: Je croi qu'à moi requerre [ils] ont mout petit tendu
     Chr. de Rains, p. 59: Et alla tant par mer et par terre, que il vinst à Orliens où li rois Philippes estoit, et li tendi la lettre, sans saluer
     Bl. et Jeh. 3303: Car tout ainsi comme uns homs tent Un oisel pour autre oisel prendre, Tout autressi convient-il S'amour pour autre amour avoir
     la Rose, 4725: Et s'à povreté le voit , Il ne doit mie tant a Que cil s'aïde li requiere
JOINV.: « Li clerc tendi s'arbalestre, et traït, et en feri lui parmi le coeur »
     Fabliaux mss. p. 339, dans LACURNE: Miels [mieux] vous venist avoir tendu [des filets] Ou as biches ou as coulons
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Puis après il [les nerfs optiques] se dessevrent [séparent], et tent chascun à sa propre partie »
     Baud. de Seb. VIII, 514: Car puis c'uns hons en femme voet mettre son argu, Ains devendroit diables avoecques Bregibu [Belzébuth], Qu'il n'en vigne à s'entente ; mais tels i a tendu Qui i a esté pris....
    XVème siècle
FROISS.: « C'est la fin que medecins tendent toujours que avoir grands salaires et profits des seigneurs et des dames, de ceux et celles qu'ils visitent »
E. DESCH.: « Ne vous chaille de à amasser, Mais ne pensez qu'à mener bone vie »
E. DESCH.: « ... le saige homme Par son sens et par sa clergie Qui sçara l'art d'astronomie, Et qui tend jusques làses voiles.... »
J. CHASTEL.: « Si n'y ot cely qui ne tendist les oreilles, et qui ne meist toute son entente à l'escouter »
    XVIème siècle
RAB.: « Or en mon chemin je trovay ung compaignon qui tendoyt aux pigeons »
MAROT: « Leur pied mesme s'est venu prendre Au filé qu'ils ont osé »
MONT.: « La raison doibt en somme à nous faire bien vivre »
MONT.: « Un manteau en escharpe, un bas mal tendu »
MONT.: « Cettuy cy se peine, se roidit et se tend, pour.... »
MONT.: « Ils faisoient cette immense capacité de voiles de pourpre »
AMYOT: « Aegeus lui ordonna qu'à son retour il tendist la voile blanche, si son filz estoit eschappé »
AMYOT: « Pirithous, tendant le premier la main à Theseus, luy dit »
AMYOT: « Ce n'estoit pas la fin ny le but auquel tendoit Lycurgus, que de laisser sa cité commandant à plusieurs »
AMYOT: « Il ne feit que et roidir davantage son austerité naturelle »
RONS.: « Plus justice n'estoit aux hommes familiere Comme elle souloit estre, et ne vouloit hanter Le peuple qui desjà tendoit à se gaster »
COTGRAVE: « Qui à aise tend, aise luy faut »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, taind, des filets ; provenç. ; espagn. tender ; ital. tendere ; du lat. tendere ; gaél. teann ; bas-bret. tenna ; sanscr. tana.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



Qui peut être aisément coupé, divisé: il est opposé à Dur. "Du bois extrêmement . Le sapin, le saule et le peuplier sont des bois s. Bâtir de pierres s, avec des pierres s. Parmi les pierres précieuses, il y en a de s et de dures. L'améthyste et l'émeraude sont des pierres s. Le plomb et l'étain sont les plus s des métaux."
Il se dit particulièrement De la viande, lorsqu'elle est aisée à couper, à inciser, à broyer avec les dents. "Une viande extrêmement . On ne peut rien manger de plus . La viande fraîche tuée n'est pas . Cette viande est au couteau, est sous le couteau, est sous la dent."
Fam., "Cette viande est comme rosée," Elle est extrêmement . La même chose se dit Des herbes et des légumes.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Du pain nouvellement cuit. "Manger du pain . Le pain de Gonesse est excellent quand il est ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Sensible, délicat, qui est aisément pénétré par les impressions de l'air. "Avoir la peau . Les jeunes arbres ont l'écorce . Il est extrêmement au froid."
"Ce cheval est à l'éperon," Il est extrêmement sensible à l'éperon. "Il a la bouche ," Il a la bouche délicate, et il ne faut pas le gourmander de la main. "Il est aux mouches," Il est extrêmement sensible aux moindres piqûres de mouches.
Fig. et fam., "Il est aux mouches," se dit D'un homme qui est sensible aux moindres incommodités, ou qui s'offense des-moindres choses. On dit aussi, dans le même sens, "Il a la peau , bien ."
"Avoir la vue , les yeux s," Avoir la vue délicate et faible.
Fig., "Avoir la conscience ," Être délicat sur les choses qui intéressent la conscience.
"Dès ses plus s années, dès sa plus jeunesse, dans un âge ," Dès son enfance, dès sa plus grande jeunesse, dans la grande jeunesse.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Qui a de la sse, qui est sensible à l'amitié, à la compassion, et plus particulièrement à l'amour. "Un ami . Un père . Une mère . Un amant. Avoir l'âme , le coeur . Il est . Il est d'un naturel . Il a une imagination vive et . Il a pour vous une amitié , une affection, un attachement. Vous m'avez inspiré les plus s sentiments, le plus intérêt."
Il se dit de même Des choses propres à exprimer, à inspirer l'amitié, la compassion, et principalement l'amour. "Un discours . Des paroles, des vers s. Il y a dans ce poëme, dans cette tragédie des sentiments fort s. Regarder d'un air . Il m'a fait de s adieux. Un aveu."
"Avoir le son de la voix , un son de voix ," Avoir le son de la voix touchant et gracieux.
En Musiq., "Un air ," Un air touchant et passionné.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Peinture, se dit De certains coups de pinceau extrêmement délicats. "Il y a des touches extrêmement s dans ce tableau." On dit de même, "Ce peintre a le pinceau ," Il a le pinceau fort délicat. Cette acception a vieilli.
"Couleur ," Couleur délicate, qui ne fatigue point la vue.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi substantif, et signifie, Tendresse. "Il a du pour cette femme." Ce sens est familier.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je tends, tu tends, il tend; nous tendons, vous tendez, ils tendent. Je tendais. J'ai tendu. Je tendis. Je tendrai. Je tendrais. Tends. Que je tende. Que je tendisse. Tendant.") Tirer et bander quelque chose, comme une corde, un arc, etc. "Tendre une corde. Tendre un arc. Tendre les chaînes qui ferment l'entrée d'un port. Tendre des toiles pour le sanglier. Tendre un panneau. Tendre des filets aux oiseaux," et quelquefois absolument, "Tendre aux oiseaux, aux bécasses, aux grues, etc."
"Tendre un piége," Le placer et le disposer de manière que l'animal puisse s'y prendre. Cela se dit en parlant De toutes sortes de piéges, même de ceux dont on ne tend aucune partie. "Tendre une souricière. Tendre un quatre de chiffre. Tendre des gluaux."
Fig., "Tendre un piége, un panneau à quelqu'un," Chercher a le faire tomber dans quelque ridicule, dans quelque indiscrétion, l'induire à commettre quelque faute, à faire quelque fausse démarche, etc., dont on espère profiter.
"Tendre un pavillon, une tente," Les dresser et les mettre en état de servir. On dit dans un sens à peu près pareil, "Tendre un lit, une tapisserie."
"Tendre une chambre, une salle, etc.," La tapisser, la parer de tapisserie. "Tendre un appartement; le de damas, de velours. Tendre de deuil une chambre. L'église était toute tendue de noir."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie quelquefois absolument dans le sens de Tapisser, orner de tapisserie. Ainsi on dit, "La coutume est ce jour-là de dans toutes les rues, de partout," c'est-à-dire, De tapisser le devant de toutes les maisons.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Présenter en avançant. "Tendre la main pour demander l'aumône. Tendre la main en signe d'amitié. Tendre son chapeau pour recevoir quelque chose. Tendre le dos aux coups. Tendre les épaules. Tendre la joue. Il tendit le cou au bourreau. Tendre les bras à quelqu'un pour l'embrasser. Tendre les mains au ciel, vers le ciel. Il était près de se noyer, on lui tendit une corde. Tendre le pied à quelqu'un pour le faire tomber."
"Cette personne tend le cou, tend le ventre," Elle avance trop le cou, elle avance trop le ventre.
Fig., "Tendre les bras à quelqu'un," L'aider, lui offrir ses secours, son appui; s'il a des torts, être prêt à les lui pardonner. "Il lui a tendu les bras dans sa disgrâce. Ce jeune homme a fait de grandes fautes; mais son père l'invite au repentir, et lui tend les bras."
Fig., "Tendre les bras à quelqu'un," dans un autre sens, signifie, Implorer son secours. On dit également, dans ce sens, "Tendre les bras vers quelqu'un, les mains à quelqu'un, vers quelqu'un."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi verbe neutre, et signifie, Aller à un certain terme, aboutir. "Où tend ce chemin-là?"
Il s'emploie plus ordinairement au figuré. "Où tendent tous ces tours et détours, tous ces propos? Ces disputes ne tendent point à éclaircir la matière. À quoi tendent vos désirs, vos desseins? Ses conclusions tendaient à... Tout cela ne tend à rien. Tendre à la perfection."
"Cette maladie tend à la mort," Elle est mortelle. "Le malade tend à sa fin," Il est bien près de sa fin.
Fig., "C'est un homme qui tend à ses fins," Il va constamment, avec adresse, vers le but qu'il s'est proposé.



1ère définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Tandre": 1re lon. 2e "e" muet.] 1°. Bander. '"Tendre une" corde, "un" arc. '"Tendre un" paneau, "un" piège "à" quelqu' un. Voy. EMBUCHE.
- 2°. Dresser. '"Tendre un" pavillon, "une" tente, "un" lit, "une" tapisserie.
- Tapisser. '"Tendre une" chambre, "un" apartement: "les de" Damâs, "de" velours, "de" deuil. 'L'Église "était" toute "tendûe de" noir.
- 3°. Présenter, en avançant: '"Tendre la" main "ou" son chapeau, pour demander l'aumône. 'Il "tendit le" cou "au" bourreau; " les" mains "au" ciel. Il "lui tendit les" brâs pour l'embrasser. = FIG. "Tendre les brâs", doner du secours. "Tendre les mains à" quelqu'un, implorer son secours.
- 4°. "V. n." Aler, aboutir vers: '"Où tend" ce chemin; "où tendent" vos pâs. 'Les corps "tendent à" leur centre, "etc." = Figurément et plus ordinairement. '"Tendre à" la perfection: cela ne "tend à" rien: ces disputes ne "tendent" point "à éclaircir" la matière. = Maladie, qui "tend à la mort", qui est mortelle; malade, qui "tend à sa fin"; qui est bien prês de mourir. Homme, qui "tend à ses fins"; qui a toujours ses intérêts en vûe.
   TENDU, ÛE, adj. "Avoir l'esprit tendu", fortement apliqué à quelque chôse. 'Il "a" toujours "l'esprit tendu".
   Une pièce afichée, une aûtre dans la tête,
   Une, où je joûe, une aûtre à lire toute prête;
   Voilà de quoi, sans doute, "avoir l'esprit tendu".
       PIRON, Métrom.
  Le "style" devient sec, moins nerveux que "tendu",
  Et, pour vouloir trop dire, on n'est point entendu.
       "Le Franc".



2ème définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Adjectif 

TENDREMENT, adv. TENDRESSE, s. f. TENDRETÉ, s. f. TENDRON, s. m. ["Tandre", "dreman", "drèce", "dreté", "dron": 1re lon. 2e "e" muet aux 2 prem. et au 4e, "è" moy. au 3e.] I. "Tendre" au propre est 1°. qui peut être aisément coupé, divisé: bois, pierre "tendre".
- 2°. Qui peut être aisément broyé avec les dents. 'Viande fort "tendre", et familièrement, " comme rosée".
- 3°. Frais, nouvellement cuit, en parlant du pain: "ce pain est" excellent, quand il est "tendre": il n' aime que "le pain ".
- 3°. Sensible, délicat. 'Il est " au" froid. 'Avoir la peau "tendre"; écorce "tendre".
- 5°. "Fig." premier, jeune, en parlant de l'âge: Dans un "âge ", dès "sa plus " jeunesse: dès "ses plus s" années. = II. "Fig." Sensible à l'amitié, à la compassion; et sur tout, à l'amour. 'Avoir l'âme, le coeur "tendre". = Qui les inspire: Discours, vers, paroles "tendres". Son de voix "tendre": air (de Musique) "tendre". = S. m. 'Il a "du " pour cette persone. = "Tendre", "sensible" (Synon.) La "sensibilité" tient plus à la sensation; la "tendresse" au sentiment: celle-là est passive; celle-ci est active. On s'atache un coeur "sensible": le coeur "tendre" s'atache lui-même.
- La chaleur du sang nous porte à la "tendresse": la délicatesse des organes entre dans "la sensibilité". Les Jeunes gens seront donc plus "tendres"; les vieillards plus "sensibles"; les hommes peut-être plus "tendres" que les femmes; les femmes plus "sensibles" que les hommes.
- "Le sensible" est afecté de tout: le "tendre" n'est afecté que de son objet. 'Le coeur "sensible" est compâtissant: le coeur "tendre" est complaisant. Il est peu d'âmes assez dures pour n'être pas "sensibles aux" malheurs d'autrui; la plupart ne sont pas assez humaines pour en être "atendries": on plaint les malheureux: on ne les soulage guère (l'Ab. "Roubaud") BEAUZ. "Synon." = "Tendre", s. m. Voy. TENDREUR.
   TENDRESSE, "Tendreté": le 1er ne se dit que de la sensibilité à l'amitié ou à l'amour. '"La sse" d'un père: aimer "avec sse". '"Tendresse de" coeur, "d'"âme. "etc."
   ...Autrefois, mon coeur eut la foiblesse
   De "rendre à" votre fils "tendresse pour sse".:
   Mais la fureur du jeu, dont il est possédé,
   Me fait ouvrir les yeux, "etc."
       "Regnard".
= On ne dit point, "la sse d'une" viande, "d'un" fruit; on dit "tendreté". '"La té d'un" gigot, "d'un" lièvre, "de" ces légumes, "de" ces fruits. = * "Tendreur", en parlant des viandes, n'a pas pâssé. On dit, "tendreté". Quelques-uns avaient voulu introduire "tendre", s. m. dans ce sens: cette viande est "d'un" grand "tendre": l'usage ne l'a point admis.
   REM. "Tendresse" n'a point de pluriel. Aûtrefois il était usité dans ce nombre. 'Il les reçut avec "de" grandes "tendresses": dites: avec "de" grandes "marques", ou "de" grands "témoignages de sse". 'Ils ont été les objets de "ses sses". MASC.
- On dirait aujourd'hui, "de sa sse". '"Ses sses se redoubloient" avec son estime. "Boss." On dirait":" "sa sse redoublait", etc.
   TENDREMENT, avec sse. 'Aimer "tendrement"; être "tendrement" aimé. 'Regarder "tendrement".
- Dans les tems simples des verbes, il se met aprês: dans les tems composés, il aime à se placer entre l'auxiliaire et le participe. 'Il l'aimait "tendrement": il l'avait "tendrement" aimé.
   TENDRON, au "propre", bourgeon, rejeton de quelques arbres ou plantes. = "Figurément", Style familier. '"Un" jeune "tendron": une jeune fille. = Au pluriel, les cartilages qui sont à l'extrémité des ôs de la poitrine de quelques animaux: 'Une fricassée de "tendrons" de veau.




Emplacement dans le dictionnaire :

tendance
tendancieux
tendant
tende
tendelet
tender
tendeur
tendineux
tendon

tendrement
tendresse
tendreté
tendron
tendu
tendue
ténèbres
tenebres
ténébreusement
tenebreux
ténébreux




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...novembre dépouille, aux studieuses nuits, -et près du feu je vois une vieille accroupie et filant sa quenouille. Toi que j'ai rencontrée à tous les carrefours où tu guidais mes pas, mélancolique et tendre, lune, je te verrai te mirant dans le cours d'une belle rivière et qui commence à prendre. 1er LIVRE (V) Tu crains de confesser tes imperfections, tu pleures, pauvre sot, sur ta force perdue. Je...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...amer ! N'es-tu pas l'alcyon qui calme de sa plainte les vagues de la mer ? 3e LIVRE (i) été, tous les plaisirs que ta saison m'apporte comme ceux du printemps ont perdu leur attrait. Adieu, le tendre automne ! A présent, qu'à ma porte vienne heurter l'hiver, j'ouvrirai sans regret. Dans l'antique forêt, le vent et la cognée sèment de l'arbre fort les rameaux à ses pieds, et parmi les humains la...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...paresseux. Pour que tu cèdes à mes pleurs, ma main a dévidé des fils de sept couleurs. Chantant l'air redouté, j'ai répandu la cendre des herbes de bonté. La voix du rossignol fait ton âme plus tendre, et le favone agace, comblant mes voeux, la couronne de pin qui mêle tes cheveux. SYLVES, CONTRE QUELQUES-UNS Il est qui se pensent savants et de miel arrosés, parmi nos écrivants, lorsque d'un vain...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...bois et des rochers. Les hauteurs sont couvertes de sapins noirs. Dans les lieux bas, ce sont de grands chênes ou des hêtres, dont les feuilles toutes neuves, toutes mouillées, sont d'un vert très tendre. Le long du chemin, il y a des tapis de marguerites et de fleurs bretonnes ; les premiers silènes roses et les premières digitales. Au détour d'un rocher, la pluie cesse comme le vent et, du même...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...et qui se met à rire, saisie de l'effet de toutes ces têtes blanches élargies par les tuyaux de mousseline. C'est fini, -perdu dans les lointains de la voûte de hêtres ; -on ne voit plus que le vert tendre du chemin, et les touffes de primevères semées partout : végétations hâtives qui n'ont pas pris le temps de voir le soleil, et qui se pressent sur la mousse en gros bouquets compacts, d'un jaune...


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